La porte intérieure

bris de nuit

VI –

 

   Lui aurais-je soufflé au creux du cou quelques mots sempiternels ? Des ondées secrètes, chargées de muettes insolations, de torpeurs nocturnes et d’autres relents fatidiques ? Le doute me prit par la main, me guida entre les pauvres cercles de lumière, mouvants, éclaboussés par la froideur froide des canaux et de leurs eaux. (suite…)

V –

 

   Parfois, lorsque marchant sur cette muraille longiligne et fuyante, je me penche et laisse égrener quelques regards en contrebas, je puis apercevoir l’éclat scintillant et fugace d’un briquet que l’on sort puis que l’on range au détour d’une allée, d’une boucle d’oreille vermillonne secouée au grès d’un déplacement sous l’ombrelle, sous le porche rugueux d’une ruine antique. Et alors le jeu me prend, ainsi qu’une exquise sensation d’omniscience sur le moindre fait et geste, accompagnant parfois la ballade de ces jeunes gens pleins de liesses, naviguant avec peine ou audace entre les bosquets, les stèles fleuries et les autres ornements floraux, minéraux que l’on a coutume d’observer sur les parterres de cette cour intérieure. (suite…)

IV –

 

   « Savez-vous à quelle heure il devrait arriver normalement ? »

   La question est demeurée en suspens, recouverte par le bruit du dialogue et de la faible brise printanière qui inspirait alors nos pensées tumultueuses sur cette campagne bucolique. Il faisait chaud. Déjà, malgré la prudence avec laquelle nous allions, parés des plus frivoles vêtements, sans fioritures ni extravagance, le soleil dardait avec vigueur ses rayons sur nos peaux à nues pour en extraire l’ambroisie prosaïque, étincelante à l’instar du contour des structures en métal rouillé, pauvrement rutilantes et entremêlées dans des fourrés vert émeraude, voisins d’arbustes maigrichons, de lianes rampantes et de quelques poignées de chardons aux robes criardes. (suite…)

II –

 

         Ils avaient alors tourné leurs têtes aux noirâtres cernes dans ma direction. Aurais-je du détourner le regard ? Aurais-je pu fuir par quelque porte dérobée, à l’insu de la moindre sournoise imprévue ? Encore soûlé par leurs semblables discours, parfumés à l’odeur du cimetière ainsi qu’à l’âpreté d’un réveil trop brusque, je ne pu esquisser qu’un léger frémissement de ma lèvre supérieure. Les aiguilles de l’horloge défilaient sans bruit dans le lourd silence qui s’était à présent installé. (suite…)

I –

 

        Ta vie qui se dissout dans un verre opaque, ça crépite et ça mousse — des bulles frémissantes qui éclatent ici et là dans des coins funèbres. À la lumière des néons poussiéreux, sur une table sale jonchée d’épaves alcooliques. C’est presque un rêve. Les reflets s’épousent à la surface de tes yeux qui se pâment et lâchent quelques larmes. (suite…)