Fragment

VIII –

 

  Pourquoi donc ne m’attendait-elle pas ? A peine engagé dans cette spirale incommensurable dont l’ascension ne promettait que l’inconnu, je peinais déjà à y percevoir l’écho de ses pas. Seul un rire brumeux, dispersé au plaisir d’un vent soudain, s’infiltrant par une fenêtre sans carreau, pouvait quelque fois m’indiquer la présence de cet autre, de cet autre qui s’enfuyait tout en se faisant plus familier, me mentant par la vérité, me trahissant par l’aveu. Un jeu s’engageait, l’un de ces paris que l’on s’empresse de conclure sur l’autel sanglant de la discorde, mais que l’on finit par retarder par quelque prise de plaisir mi morbide mi heureuse. L’un de ses cheveux tomba le long de la rambarde aux reflets de cuivre et d’or — c’était un souvenir. Je continuais, le souvenir à la main et les yeux rivés sur les marches prochaines qu’enfonçaient quelques rayons orangés. J’eu pris le cachet, il ne me serait resté que l’odeur de son parfum, souillant jusqu’à l’os mon âme dispersée. Une lettre en poche à laquelle me manquait la certitude du destinataire, je balançais mon regard sur les rainures de la rambarde, près, tout près des symboles sur lesquels se trahissait la poussière solaire. Cette poussière aussi s’enfuyait —  dans les hauteurs incommensurables de la structure, voltigeait dans son clair-obscur que l’atmosphère étrange du moment entretenait avec vigueur et tristesse. Emmitouflé dans un chapelet de souhaits, de regrets et de curiosité, je continuais sans pause mon ascension. (suite…)

VII –

 

   La raison exacte de cette entrevue m’échappait. Peut-être était-ce l’une de ces sottises ou autres extravagances dont mon esprit se chargeait à l’issue d’un délire alcoolique, d’un pas de plus sous l’impulsion aveugle. Peut-être n’y avait-il tout bonnement pas de raison, parfois l’esprit s’égare, et ainsi emporté par quelques mirifiques effluences, se porte à la fenêtre d’un inconnu prometteur. Mais des promesses il ne restait que de précaires souvenirs — dilués dans la réalité cruelle du moment. Il pleuvait. Le visage aveuglé par les gouttes d’eau, les bourrasques d’un début de journée mélancolique, le chemin se dessinait avec lenteur et dangerosité. (suite…)

IV –

 

   « Savez-vous à quelle heure il devrait arriver normalement ? »

   La question est demeurée en suspens, recouverte par le bruit du dialogue et de la faible brise printanière qui inspirait alors nos pensées tumultueuses sur cette campagne bucolique. Il faisait chaud. Déjà, malgré la prudence avec laquelle nous allions, parés des plus frivoles vêtements, sans fioritures ni extravagance, le soleil dardait avec vigueur ses rayons sur nos peaux à nues pour en extraire l’ambroisie prosaïque, étincelante à l’instar du contour des structures en métal rouillé, pauvrement rutilantes et entremêlées dans des fourrés vert émeraude, voisins d’arbustes maigrichons, de lianes rampantes et de quelques poignées de chardons aux robes criardes. (suite…)