Nouvelles

X –

 

   Il était peut-être trois heures de l’après-midi, quatre heures ? peut-être pas  — le jour demeurait unique certitude. Affalé dans mon fauteuil, un verre de scotch à la main, je relisais mes notes prises la veille à la recherche de quelque chose de consistant, de quelque chose qui m’aurait permis de comprendre la situation dans laquelle je m’étais empêtré. Difficile d’entrevoir la lumière dans un amas de ténèbres, mais difficile était plus encore d’en retirer une quelconque raison. D’où venait-elle, que voulait-t-elle ? Par quel truchement métaphysique ma piètre existence se voyait mise en relation avec la sienne, elle qui n’attendait de moi que la cordialité, l’écoute, la compagnie passagère au grès des occasions manquées ? Elle n’a pas pu comprendre ce que j’avais à son égard. Elle n’a pas entrevu l’absurdité de notre relation, je n’ai pas entrevu l’occasion de lui en parler. Par manque de volonté, sa fuite s’est avérée inévitable. Au loin, ravalée par l’éclat du soleil, son ombre est demeurée parfum, réminiscence coincée dans la toile de mon esprit. (suite…)

IX –

 

   Je m’étais couché le ventre vide. La faim m’avait tiraillé toute la soirée mais je n’avais pu, par désintérêt croissant et indolence maladive, m’appliquer à en arrêter les conséquentes souffrances. Le fait est que la lecture m’avait plongé dans une frénésie sans égale. Hâtivement tournées, les pages laissaient couler vers ma conscience leurs images gravies par l’émotion, gravées par la profondeur du mot et du bruyant silence. Le titre importait peu, les personnages aussi. Je m’échappais, je fuyais l’espace de quelques heures dans les tréfonds d’un monde auquel il ne m’aurait pas été possible d’accéder — fusse au prix de lourds sacrifices existentiels. Dans les ténèbres de ma chambre remuée par la poussière et le craquement du plancher, le front éclairé par l’ampoule en fin de vie, comme un goût d’amertume et de mélancolie me prit. (suite…)