nuit

XVI –

              Sanglantes nuées, des gerbes éclaboussant les trottoirs parsemés de flâneurs et de coursiers alourdis. Les fleurs aux balcons se pâment sous la douceur de l’atmosphère et des exquises lueurs astrales. Un calme étrange plane au-dessus de la ville. Les véhicules se font plus rares, plus discrets dans leur avancée miroitante et caverneuse. Hachurés par les larmes solaires, les nuages se sont dispersés au lointain tandis que commencent à pointiller quelques astres. L’esprit tranquille, je ne suis qu’un flâneur parmi d’autres, battant le pavé, détroussant l’heure et chérissant la surprise. Les yeux pris dans le tourbillon des couleurs vermillonnes, la main légère, le pas vif et aventureux, je m’engage dans les ruelles tortueuses qui se dérobent à la routine, où le linge pend de toit en toit, où fleurissent les cris et les soupirs au creux des moribondes meurtrières — la vieille ville. (suite…)

VI –

 

   Lui aurais-je soufflé au creux du cou quelques mots sempiternels ? Des ondées secrètes, chargées de muettes insolations, de torpeurs nocturnes et d’autres relents fatidiques ? Le doute me prit par la main, me guida entre les pauvres cercles de lumière, mouvants, éclaboussés par la froideur froide des canaux et de leurs eaux. (suite…)

V –

 

   Parfois, lorsque marchant sur cette muraille longiligne et fuyante, je me penche et laisse égrener quelques regards en contrebas, je puis apercevoir l’éclat scintillant et fugace d’un briquet que l’on sort puis que l’on range au détour d’une allée, d’une boucle d’oreille vermillonne secouée au grès d’un déplacement sous l’ombrelle, sous le porche rugueux d’une ruine antique. Et alors le jeu me prend, ainsi qu’une exquise sensation d’omniscience sur le moindre fait et geste, accompagnant parfois la ballade de ces jeunes gens pleins de liesses, naviguant avec peine ou audace entre les bosquets, les stèles fleuries et les autres ornements floraux, minéraux que l’on a coutume d’observer sur les parterres de cette cour intérieure. (suite…)